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La formidable résistance des marchés en 2026

2026-05-14

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Le monde brûle. Le portefeuille, lui, progresse.

C’est une des plus grandes dissonances cognitives de notre époque : pendant que les manchettes nous assomment d’images de missiles, de sanctions, de dictateurs kidnappés et de présidents qui tweetent rageusement à 2h du matin avec l’enthousiasme d’un adolescent en colère, les marchés boursiers, eux, font quelque chose d’absolument scandaleux. Ils montent. Le S&P 500 a touché un nouveau sommet historique le 8 mai 2026, à 7 401 points. Sur un an, l’indice phare américain a progressé de plus de 27 %. Le Nasdaq a franchi le cap symbolique des 24 000 points. L’investisseur patient qui avait gardé la tête froide en janvier, malgré les bombes, les tarifs douaniers et le cirque géopolitique, est aujourd’hui confortablement assis sur des gains que son beau-frère pessimiste — celui qui avait « tout sorti en liquidités pour attendre que ça se calme » — regarde avec une envie difficilement dissimulable. Alors, qu’est-ce qui se passe, au juste ?

Le paradoxe de 2026 : un monde hostile, une bourse sereine

Dressons le tableau, franchement. L’Iran ferme le détroit d’Ormuz. Trump rejette une proposition de paix en direct sur Truth Social avec la subtilité rhétorique d’un char d’assaut dans un magasin de porcelaine. La guerre en Ukraine s’enlise dans sa quatrième année. Maduro est derrière les barreaux, ce qui fait trembler les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement d’Amérique latine. Le Bitcoin somnole quelque part entre 80 000 $ et l’indifférence générale. Et l’inflation américaine, qu’on croyait domptée, regarde la flambée pétrolière comme une invitation à revenir. Les cours du pétrole ont bondi d’environ 3 % en une seule séance la semaine dernière, les traders réagissant au rejet par Trump de la proposition iranienne — attisant les craintes d’un conflit prolongé et d’un retour de l’inflation à la pompe. Et pourtant. Les bourses ne corrigent pas. Ou du moins, pas avec la violence que ces nouvelles sembleraient commander. Comment est-ce possible ? Ce que l’investisseur averti voit, et que le citoyen anxieux moyen ne voit pas, c’est que le marché boursier n’est pas le journal télévisé.

Ce que les investisseurs voient que vous ne voyez pas

Le marché, dans son froid cynisme, ne récompense pas les manchettes. Il récompense les bénéfices. Et les bénéfices, en ce moment, sont extraordinaires. « 88 % des sociétés du S&P 500 ont battu les prévisions au T1 2026 — bien au-dessus des moyennes historiques. En agrégé, les résultats ressortent 10,8 % au-dessus des estimations. »

Traduction en québécois : les entreprises font de l’argent en tabarnouche, et elles font mieux que ce que les analystes avaient prévu. Dans un monde irrationnel et chaotique, elles livrent la marchandise.

Si ce rythme se confirme, le S&P 500 inscrira un sixième trimestre consécutif de croissance des bénéfices à deux chiffres. Les projections pour le reste de l’année sont ambitieuses : une croissance attendue à 20,1 % au deuxième trimestre, 22,2 % au troisième, et 19,9 % au quatrième — soit +18 % sur l’ensemble de 2026. C’est ça, la vérité brutale. L’investisseur institutionnel qui gère des milliards de dollars ne regarde pas CNN à 23h. Il regarde les flux de trésorerie d’Alphabet, les marges d’NVIDIA, les carnets de commandes de Microsoft Azure. Et ce qu’il y voit est, pour l’instant, rassurant.

L’IA : le moteur caché de la résistance

Si vous cherchez un coupable à cette irrévérencieuse bonne humeur boursière, regardez du côté de l’intelligence artificielle. Malgré l’impasse des négociations de paix avec l’Iran et la fermeture persistante du détroit d’Ormuz, la dynamique liée à l’IA s’est poursuivie sans relâche. Les fabricants de puces surperforment largement le marché : l’indice des semi-conducteurs a bondi de 2,5 % en une seule séance, suggérant que la vague de l’IA ne montre guère de signes d’essoufflement.

C’est fascinant, et un peu vertigineux. La guerre au Moyen-Orient fait monter le pétrole, ce qui nourrit l’inflation, ce qui inquiète la Fed — mais NVIDIA, pendant ce temps, continue de vendre des puces à vitesse grand V à tous les géants qui construisent leurs modèles d’IA. Ces deux réalités coexistent, et le marché, dans sa sagesse ou son aveuglement collectif, a décidé que la deuxième l’emportait sur la première.

En trois mois, les rachats d’actions ont atteint 500 milliards de dollars aux États-Unis — approximativement le PIB annuel de la Belgique, dépensé pour soutenir les cours boursiers. Quand les entreprises elles-mêmes deviennent les plus gros acheteurs de leurs propres titres, la gravité fonctionne différemment.

L’histoire comme antidote à la panique

Il y a une anecdote que j’adore raconter quand l’anxiété monte. Le 7 décembre 1941, les Japonais bombardent Pearl Harbor. Le lendemain, la Bourse de New York ouvre. Et elle… monte. Légèrement, mais elle monte. Les investisseurs ont collectivement décidé que l’entrée en guerre des États-Unis allait stimuler la production industrielle. Ils avaient raison.

L’histoire le confirme : lors des conflits impliquant les États-Unis, les marchés d’actions ont souvent connu une forte volatilité à court terme, avant de se redresser et d’enregistrer des gains. Pendant la guerre d’Irak de 2003, le S&P 500 a gagné plus de 25 % au cours de la première année pleine suivant le début de l’invasion. Lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, l’indice avait d’abord chuté de 11 %, avant un vif rebond de soulagement.

La Bourse n’est pas morale. Elle ne pleure pas les victimes et n’applaudit pas les héros. Elle anticipe les flux de profits futurs. Et dans l’histoire récente, les guerres — aussi terribles soient-elles humainement — ont souvent été suivies de reconstructions, de commandes militaires, de dépenses gouvernementales massives. Tout ça, c’est du PIB.

La dichotomie entre l’humeur et la performance

Il y a une statistique qui me hante. Des sondages réalisés aux États-Unis en 2025 et 2026 montrent que la majorité des Américains croient que l’économie américaine est en récession. Or elle ne l’est pas. Le marché du travail américain reste solide, les profits des entreprises battent des records, et le S&P 500 vient d’inscrire un sommet historique. Les gens sont convaincus d’être dans la misère pendant que leur REER et leur CELI grossissent tranquillement.

Ce phénomène a un nom dans les cercles académiques : le vibeflation — l’inflation des sentiments négatifs, déconnectée des données réelles. Les réseaux sociaux, l’algorithme anxiogène de TikTok et les émissions d’information continue ont transformé la perception en réalité pour des millions de personnes. Résultat : une récession psychologique dans une économie objectivement résiliente.

L’investisseur rationnel, lui, regarde les chiffres. Il voit que les perspectives de résultats ont été relevées, les entreprises du S&P 500 devant dégager plus de 605 milliards de dollars de bénéfices cumulés — au-dessus des estimations précédentes — et que les valeurs liées à l’IA continuent d’apporter un soutien supplémentaire même lorsque les prévisions macroéconomiques s’assombrissent.

Et le Bitcoin dans tout ça ? La valeur refuge qui dort debout

Ah, le Bitcoin. Lui qui devait être la « valeur refuge ultime » en temps de crise. L’or 2.0. Le rempart contre la folie des banques centrales. Le seul actif capable de traverser les guerres, les krachs et les crises géopolitiques en sortant la tête haute.

Il somnole. À environ 80 300 $ US ce 14 mai 2026, le Bitcoin est en baisse d’environ 23 800 $ par rapport à son niveau de l’an dernier, et en recul de près de 18 % depuis le début de l’année. Pendant que le S&P 500 pulvérisait des records et que la géopolitique s’embrasait — exactement le scénario que ses évangélistes numériques promettaient de transformer en fusée —, le Bitcoin, lui, a décidé de s’installer dans un divan et de regarder la télé.

Ce que ça révèle est instructif : en période de vrai stress géopolitique, les capitaux ne fuient pas vers les actifs spéculatifs numériques. Ils fuient vers le dollar américain, vers l’or physique, vers les obligations d’État. Le Bitcoin n’a pas encore mérité son statut de valeur refuge. Il reste un actif de spéculation, capricieux et juvénile.

Comparaison qui devrait faire rougir tout maximaliste du Bitcoin : depuis janvier 2023, le café Robusta a progressé de +263 %. L’Arabica, de +190 %. Votre tasse du matin a surpassé « l’or numérique » du XXIe siècle. Ça replace les priorités, n’est-ce pas?

C’est peut-être la statistique la plus savoureuse — et la plus stimulante — de l’année 2026. Le café Robusta, cette humble fève torréfiée qui finit dans votre tasse à 6h du matin avant même que vous ayez enfilé vos pantoufles, a réalisé +263 % depuis janvier 2023. L’Arabica, le grand frère sophistiqué qu’on commande en disant son prénom en café, affiche pour sa part une progression de +190 % sur la même période.

Pendant ce temps, le Bitcoin — cet actif révolutionnaire, décentralisé, inflationnaire-proof, censé redéfinir la finance mondiale — se retrouve en baisse sur un an. Il a été battu par une tonne de grains de café. Par des fèves. Des fèves que des parasites, des sécheresses brésiliennes et des conteneurs en retard ont suffi à propulser vers de nouveaux sommets, sans blockchain, sans wallet ni clé privée, et avec une pression inférieure à celle de votre cryptobro préféré. On peut imaginer la scène : un gérant de hedge fund crypto expliquant à ses investisseurs, la mine défaite, que non, cette année, la tonne de Robusta a mieux performé que leur portefeuille de tokens. « Mais c’est le long terme qui compte », dira-t-il. Bien sûr. Les producteurs brésiliens de café, eux, ne se posent pas la question.

Ce que ça signifie pour vous

Si vous avez vendu vos placements en janvier parce que vous étiez convaincu que la guerre en Iran allait tout faire s’effondrer, voici la vérité inconfortable : le marché vous a donné tort. Ce n’est pas une invitation à l’arrogance ou au risque inconsidéré. Le VIX au-dessus des 18 points traduit une anxiété persistante. Les valorisations tendues du secteur technologique, les tensions géopolitiques mondiales et le fardeau de la dette américaine constituent des risques réels. Le marché américain évolue sur une ligne de crête. Une surprise désagréable — un dérapage militaire majeur, une déception sur les bénéfices technologiques, un changement de cap brutal de la Fed — pourrait déclencher une correction rapide et douloureuse.

Mais voilà ce que l’histoire nous enseigne, encore et encore : le temps passé dans le marché bat le temps à tenter d’anticiper le marché. Les investisseurs qui ont gardé le cap en mars 2020, au plus fort de la pandémie, ont vu leur portefeuille doubler en trois ans. Ceux qui ont attendu que « ça se calme » ont attendu parfois trop longtemps. La Bourse, en 2026, nous offre une leçon magistrale sur la nature du capitalisme : il est résilient, insolent, et profondément indifférent aux drames humains. Il regarde en avant. Toujours en avant. Pendant que vous regardez les nouvelles avec angoisse, lui, il compte déjà les profits du prochain trimestre.

Sources : Euronews — S&P 500 et Nasdaq inscrivent de nouveaux records malgré la guerre avec l’Iran (avril 2026) → données sur les 7 022 pts, le rebond de +11 %, les comparaisons historiques (Irak 2003, Golfe 1991) XTB / FactSet — Résultats S&P 500 T1 2026 → les 88 % de surprises positives, la croissance bénéficiaire de 13,2 %, les projections trimestrielles La Libre / Pictet AM (Christopher Dembik) → les 500 G$ de rachats d’actions en 3 mois Boursorama / Reuters → rejet par Trump de la proposition iranienne, hausse de 3 % du brut en une séance, fermeture du détroit d’Ormuz Fortune.com → prix journaliers BTC : 80 304 $ le 13 mai 2026, baisse de ~23 808 $ sur un an Cafés Le Gascon → Arabica +190 %, Robusta +263 % depuis janvier 2023 Info.fr / Pleine Vie → paquet 500g passé de 6,79 € à 10,59 € (+37 % en 3 ans), Carte Noire +46 % en un an TradingEconomics → contrats à terme Arabica autour de 2,92 $/lb en mai 2026

Ce texte a été préparé par Fabien Major qui est conseiller en gestion de patrimoine pour iA Gestion privée de patrimoine inc. et ne reflète pas nécessairement l’opinion de iA Gestion privée de patrimoine inc. L’information contenue dans ce texte provient de sources jugées fiables, mais nous ne pouvons pas garantir son exactitude ni sa fiabilité. Les opinions exprimées sont fondées sur une analyse et une interprétation remontant à la date de publication et peuvent changer sans préavis. De plus, elles ne constituent ni une offre ni une sollicitation d’achat ou de vente des titres mentionnés. L’information contenue dans le présent document peut ne pas s’appliquer à tous les types d’investisseurs. iA Gestion privée de patrimoine inc. est membre du Fonds canadien de protection des investisseurs et de l’Organisme canadien de réglementation des investissements. iA Gestion privée de patrimoine est une marque de commerce et un autre nom sous lequel iA Gestion privée de patrimoine inc. exerce ses activités.

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