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Fonds indiciels - Quand une bonne idée se propage sans nuance

2026-01-30

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L’histoire financière adore les héros simples.

Un inventeur. Une idée brillante. Une règle facile à répéter. Avec John C. Bogle, tout semblait réuni : le créateur des fonds indiciels, l’homme qui a démocratisé l’investissement à faible coût, celui qui aurait prouvé — une fois pour toutes — que battre le marché est inutile.

Mais cette lecture est confortable… et trompeuse. Bogle n’a jamais voulu créer une religion financière. Il proposait une stratégie défensive, pas une vérité universelle. Le problème, ce n’est pas ce qu’il a dit. C’est ce qu’on a fait de ses idées.

Le vrai problème que Bogle voulait résoudre

Bogle ne partait pas d’une théorie sur l’efficience parfaite des marchés. Il partait d’un constat humain : • les investisseurs paient trop cher, • transigent trop souvent, • réagissent mal à la volatilité, • et sabotent leurs propres rendements.

Son objectif n’était pas de maximiser la performance brute, mais de minimiser les dégâts comportementaux. L’indexation n’était pas un idéal, mais un pare-chocs. Dans un monde réel, imparfait, émotionnel, elle augmentait la probabilité d’un résultat acceptable pour la majorité. Rien de plus. Rien de moins.

Ce que l’indexation ne fait pas (et ne fera jamais)

Un fonds indiciel : • n’analyse pas les bilans, • ne juge pas la qualité d’un PDG, • ne corrige pas une allocation de capital absurde, • ne sort pas d’un titre surévalué.

Il suit. Il absorbe. Il amplifie.

Bogle le savait. Et il le disait clairement : sans gestion active, les marchés cessent de fonctionner correctement. Les prix deviennent des reflets mécaniques des flux, pas de la valeur économique. L’indexation n’est pas un moteur. C’est un wagon. Ça suit.

Quand l’indexation devient dominante, le risque change de nature

À faible dose, l’indexation stabilise. À forte dose, elle concentre. Bogle s’inquiétait déjà, de : • la concentration du pouvoir de vote entre quelques grands gestionnaires, • la dilution de la responsabilité actionnariale, • la fragilité créée par des flux synchronisés.

Ce risque n’existait pas à son époque à l’échelle actuelle. Il est aujourd’hui bien réel. Quand tout le monde achète les mêmes titres, au même moment, pour les mêmes raisons… le marché devient plus vulnérable, pas plus sûr.

L’élément que les slogans préfèrent ignorer

Bogle n’investissait pas son propre argent exclusivement dans des indices. Il détenait des fonds activement gérés, des expositions hors indices, et confiait une partie de son capital à son fils, gestionnaire actif. John Jr a d’ailleurs surperformé avec succès sa cible, soit l’indice Russell 2000, des petites et moyennes capitalisations américaines.

Ce n’était ni une contradiction ni une faiblesse intellectuelle. C’était une gestion par hiérarchie des probabilités. Pour le grand public : simplicité, discipline, faibles coûts.

Pour un patrimoine privé : nuance, diversification des styles, jugement. Plus l’indexation progresse… plus elle crée des angles morts

C’est ici que l’histoire devient intéressante.

À mesure que les flux passifs dominent : • la dispersion des rendements augmente, • les indices se concentrent, • les segments négligés deviennent plus inefficients.

Exactement comme dans une économie où le capital se concentre, les écarts s’élargissent. Les prix cessent de refléter finement l’information. Et là — seulement là — la gestion active disciplinée retrouve un terrain fertile. Les données récentes l’illustrent.

Selon Morningstar, en 2025 plus de 8 300 fonds sur 20 800 ont battu les résultats du S&P 500. Et plus de 1 100 ont dépassé le rendement exceptionnel de 28,2 % du S&P/TSX.

Ce n’est pas une promesse. C’est un rappel : la valeur ajoutée n’a pas disparu, elle s’est déplacée.

Bogle appliquait déjà ce que l’on appelle aujourd’hui la maturité

Sans le vocabulaire moderne, il pratiquait une logique que plusieurs redécouvrent : un noyau indiciel solide pour capter l’exposition au marché, puis des positions plus petites détenant des éléments de catégories plus nichés, choisis avec rigueur. Ce n’est pas un compromis tiède. C’est une structure robuste qui reconnaît deux réalités simultanées : la médiocrité moyenne… et l’excellence marginale.

Et l’argument Buffett?

On cite souvent Warren Buffett pour défendre la gestion passive universelle. Ironique, quand on sait que Buffett a bâti sa fortune grâce à Berkshire Hathaway, une gestion active concentrée, discrétionnaire, assumée. S’il croyait réellement à l’indexation universelle, Berkshire serait un FNB. Ce n’est pas le cas. C’est un conglomérat.

La vraie leçon de Bogle qui dérange

Bogle ne nous dirait pas : achetez des indices aveuglément. Il nous dirait : méfiez-vous des certitudes trop populaires pour être questionnées. Même les idées brillantes deviennent toxiques quand on cesse de les questionner.

En finance, le vrai danger n’est jamais la simplicité — c’est plutôt l’effet de meute.

Cette information a été préparée par Fabien Major qui est conseiller en placement pour iA Gestion privée de patrimoine inc. et ne reflète pas nécessairement l’opinion de iA Gestion privée de patrimoine inc. L’information contenue dans ce texte provient de sources jugées fiables, mais nous ne pouvons pas garantir son exactitude ni sa fiabilité. Les opinions exprimées sont fondées sur une analyse et une interprétation remontant à la date de publication et peuvent changer sans préavis. De plus, elles ne constituent ni une offre ni une sollicitation d’achat ou de vente des titres mentionnés. L’information contenue dans le présent document peut ne pas s’appliquer à tous les types d’investisseurs. iA Gestion privée de patrimoine inc. est membre du Fonds canadien de protection des investisseurs et de l’Organisme canadien de réglementation des investissements. iA Gestion privée de patrimoine est une marque de commerce et un autre nom sous lequel iA Gestion privée de patrimoine inc. exerce ses activités.

*Les services de planification financière sont offerts par le biais d'Isabelle Bérard, Yves Razafindrazaka, Jonathan B. Therrien et Fabien Major, représentants autonomes. Seuls les produits et les services offerts par le biais de iA Gestion privée de patrimoine inc. sont couverts par le Fonds canadien de protection des investisseurs.